Un peu d'histoire

ORIGINE

Le logis actuel date d’environ 1512.
Il a été précédé à cette même place d’un manoir dont certains éléments qui subsistent encore, constituent l’aile arrière de l’édifice.
Ces parties anciennes pourraient donc dater du début du XIVème siècle.
Certains historiens, dont Louis LE GUENNEC (président de la Société Archéologique du Finistère au début du siècle dernier) permettent de penser que la longue levée qui borde le mur Nord du potager, que longe un ruisseau et que termine à l’Ouest une étrange tour maçonnée, constituent les restes d’un château de bois qui situe au haut Moyen Age l’histoire de LOSSULIEN.
Par ailleurs, à l’issue des conquêtes bretonnes au IXème siècle, un domaine dénommé « Cornu Gallia » (La Cornuaille) près de CANDE en Maine et Loire, fut attribué à un chef breton d’origine cornouaillaise.
Certains universitaires d’Angers et M. Christian LEROUX qui a fait des recherches approfondies sur LOSSULIEN, pensent que les descendants du titulaire de ce fief ont constitué la branche léonarde de la famille de Cornouaille qui recevra LOSSULIEN en apanage.
Enfin la tradition orale dit qu’un fils cadet de la famille de Cornouaille aurait reçu ces terres en apanage à son retour de la 1ère croisade. Ce qui situerait l’implantation dans ces lieux vers l’an 1100 Soit il y a plus de 900 ans.


Les FAMILLES SEIGNEURIALES


Cornouaille et
Kerguern

Cornouaille
(Branche Léonarde)

La famille de Cornouaille se maintiendra dans les lieux jusqu’au décès sans postérité de François de Cornouaille en 1566.


Par alliance par les femmes, la propriété passera aux mains des familles de GUENGAT jusqu’en 1650 puis de KERGORLAY jusqu’à sa vente en 1676.


Le domaine sera acheté par Louis FLEURY, riche armateur de LANDERNEAU, qui fera entrer sa famille dans la noblesse par l’achat du titre de « Secrétaire du Roi, Maison et Couronne de France » et par le mariage de ses 2 enfants qui s’uniront l’un à la famille de KERGROADES et le second à la famille de KEROUARTZ.


A la révolution, le manoir qui n’était plus qu’une ferme, était la propriété de Jacques TOUSSAINT de KEROUARTZ, qui émigra au Canada.


Le domaine fut alors confisqué et vendu par petits lots comme bien national en 1794.


Guengat

Kergorlay

Fleury annobli
par Louis XIV

Fleury après rachat
de la terre de Lossulien

Fleury et
Kergroades

Kerouartz

Vitrail de la chapelle de Lossulien.


Réalisé par Adeline HEBERT-STEVENS en 1963, il montre Guillaume de Cornouaille aux croisades, faisant voeux à Notre Dame du Relecq en Plounéour Ménez de lui dédier une chapelle sur ses terres, à son retour.


En périphérie, on retrouve les blasons des familles seigneuriales du fief de Lossulien, de l'an 1000 à la révolution.


Le SITE

Le lieu était bien choisi, dans un vallon protégé des vents de suroît, près d’une source, sur une pente légèrement inclinée vers le sud, près d’un important ruisseau assurant l’énergie au moulin, et à proximité d’une grève et d’un passage traditionnellement fréquenté. Mais le choix n’était pas uniquement motivé par des nécessités de confort. Il était essentiellement politique et financier. Le duc de Cornouaille, établi à QUIMPER, contrôlait déjà un certain nombre d’abers bretons : L’Odet, le Blavet, l’Aulne, ou encore la Laïta. La rivière de LANDERNEAU, l’Elorn, est alors une voie importante de transit de marchandises depuis BREST, et son contrôle pouvait assurer un rapport financier conséquent.

En même temps que ce fief cornouaillais, s’implante également sur cette rive Nord, donc en pays léonard, un prieuré, dépendant de l’abbaye de DAOULAS.
Cette stratégie militaire et religieuse permet tout à la fois le verrouillage de la rivière et l’accueil des pèlerins nombreux qui, venant du sud, s’acheminent vers les sanctuaires du Nord de Le FOLGOET et ST JAOUA notamment. Ils empruntaient pour cela le passage le plus étroit, évitant ainsi un détour jusqu’à LANDERNEAU.

L’autorité politique établie à LOSSULIEN contrôlait par ce fait les mouvements de population dans sa région, exerçait un droit de moyenne justice et percevait les redevances de passages.
Le fief a ainsi prospéré jusqu’à s’étendre sur SAINT MARC et GUIPAVAS, et au-delà de KERINOU et LAMBEZELLEC au nord de BREST.


Pour en savoir plus

Extraits d'une étude de Christian LE ROUX, repris par Bernard TANGUY dans le Bulletin de la Société Archéologique du Finistère

Lossulien était, au Moyen-Âge, la résidence des seigneurs détenteurs, depuis le XIIè siècle, du domaine de Trébrit, fief vraisemblablement mouvant du comté de Cornouaille et participant à la protection d'une voie antique franchissant l'Elorn au passage dit de Treizquinec, lequel comportait alors un important ensemble hospitalier sur la rive de Plougastel.

Le nom de Lossulien agrège le radical lok "lieu consacré", qui s'est répandu entre le XIè et le XIIIè siècle, à l'hagionyme Sulien, saint celtique de haute époque, honoré aussi au pays de Galles et en Cornouailles, souvent confondu en Bretagne avec saint Julien dit "l'Hospitalier" ou "le Passeur". Nul autre saint ne pouvait donc être plus qualifié que ce Sulien/Julien pour patronner un lieu proche d'un tel site.

Premiers seigneurs de Lossulien, la famille "de Cornouaille" (en breton de Kernéau) sut élargir son noyau initial de Trébrit, tout au long du bas Moyen Âge, par une fructueuse alliance matrimoniale avec l'héritière de la grande seigneurie voisine de Kerguern ou Kervern, tombée "de lance en quenouille" à la fin du XIIIè siècle. Elle capta, par exemple, un ensemble de terres s'étendant sur les paroisses de Lambézellec et de Guipavas et sur la quasi-totalité de la trève de Trénynez (Saint-Marc).

Figurées sur un sceau de 1313, les premières armes des seigneurs du lieu associent d'ailleurs un croissant à pointes montantes - motif cornu renvoyant à la Cornouaille, remplacé ensuite par l'actuel "mouton passant" - au frettage à six lances des Kerguern.

Profitant des difficultés financières du duc lors des guerres de l'Union, Jehan de Cornouaille s'adjugea encore un ensemble de biens détachés du domaine ducal, qui lui furent baillés à féage en 1486. Grands feudataires du bas Léon, les seigneurs de Lossulien avaient l'insigne honneur de porter l'évêque de Léon lors de son entrée dans la cathédrale de Saint-Pol et présentaient, en outre, en "prééminences" ou en simple "éminence" de nombreuses marques honorifiques dans les églises de Guipavas, de Lambézellec, du château de Brest et des Sept-Saints, dans les chapelles du Run en Guipavas, de Trénynez, et, sur le territoire du Relecq, de Saint-Laurent de Camfrout, de Sainte-Barbe et du Relecq.

En 1398, l'importance du domaine avait déjà permis à Olivier de Cornouaille, aîné de la famille et gouverneur de Lesneven, de constituer un fief en juveignerie en faveur de son puîné Yvon, en lui concédant un important ensemble de terres sur la paroisse de Lambézellec, portant le titre de Cornouaille de Kerinou. Les membres successifs de cette branche cadette cumuleront jusqu'au XVIIIè siècle les fonctions de grand voyer, prévôt et sergent féodé de la ville et des faubourgs de Brest, avant de se fondre au XIXè siècle dans la famille Hersart de La Villemarqué, laquelle obtint d'ailleurs l'autorisation d'adjoindre à son nom celui de "de Cornouaille" par un décret de 1871.

La branche aînée tombera, quant à elle, en quenouille en 1566, lors du décès sans postérité du seigneur François. Passé par alliances matrimoniales ou ventes, aux familles de Guengat, de Kergorlay, Fleury, de Kergroadès et de Kerouartz avant sa confiscation, le domaine sera dépecé et vendu par lots au titre des biens nationaux, pour cause d'émigration de son dernier propriétaire, le major de cavalerie Jacques-Toussaint de Kerouartz, comte de Penhoët et vicomte de Kermellec.

Le coeur du domaine, soit une partie de l'ancienne "retenue" seigneuriale (manoir, cour, chapelle privée, écurie, moulin, métairie, colombier, jardin, verger, lot de terres chaudes, de prairies, de bois taillis et de garennes) fut adjugé les 17 et 18 ventôse an II (7 et 8 mars 1794) au citoyen Pierre-Marie Lavallée, négociant à Brest, pour environ 110 000 livres.

Depuis cette date, la stabilité remarquable de ce bel ensemble manorial dans son écrin exceptionnel de verdure s'explique essentiellement par le fait que ses propriétaires, successifs se sont toujours attachés à préserver fidèlement le caractère historique et culturel du lieu lors des inévitables travaux de réparation, de restauration et de modernisation que nécessite ce lieu de vie.